Rentrée scolaire : 7 phrases à éviter avant la rentrée de votre enfant
Nous voulons les préparer, les rassurer, parfois même les motiver. Pourtant, certaines petites phrases prononcées sans y penser peuvent commencer à écrire leur rentrée avant qu’ils ne l’aient vécue.
Nous sommes quelque part au mois d’août, autour d’une table. Le déjeuner s’éternise, les vacances ne sont pas tout à fait terminées et la conversation arrive, comme chaque année, sur la rentrée scolaire.
Quelqu’un se tourne vers l’enfant.
« Alors, tu rentres en quelle classe cette année ? »
Il répond qu’il entre en CM2.
« Ah, le CM2, ça devient sérieux ! »
Sa sœur entre en sixième.
« Ouh là là, le collège, tu vas voir, ça change ! »
Un autre adulte ajoute en souriant :
« Profitez bien de vos derniers jours, parce qu’après, fini les vacances ! »
Personne autour de cette table n’a voulu inquiéter qui que ce soit. Personne n’a donné de leçon d’éducation, personne n’a prononcé de grandes phrases dramatiques. On discutait simplement.
Pourtant, quelque chose vient peut-être de commencer.
Nous avons commencé à raconter leur rentrée à ces enfants avant qu’ils ne l’aient vécue.
Et nous le faisons tous, moi compris, parce que lorsque nous parlons de l’école, nous ne parlons jamais seulement de l’école de nos enfants. Nous parlons aussi un peu de la nôtre, de ce que nous y avons vécu, de ce que nous en avons retenu, de nos réussites, de nos difficultés, de nos souvenirs et parfois de nos vieilles blessures.
C’est précisément pour cela que certaines phrases méritent que nous nous y arrêtions.
Nos enfants arrivent rarement à l’école avec une page blanche
Avant même de franchir la grille, un enfant possède déjà quantité d’informations sur l’année qui l’attend.
Il sait peut-être que sa future enseignante est « très gentille », parce qu’un voisin le lui a dit. Ou qu’elle est « très sévère », parce qu’un autre parent l’a affirmé devant lui. Il a entendu que le CP était l’année où « les choses sérieuses commencent », que la sixième était « un grand changement », que la quatrième était « une classe difficile » ou que tel professeur « ne rigolait pas avec les devoirs ».
À cela s’ajoute tout ce que nous, parents, pouvons lui transmettre sans même nous en apercevoir.
Nos intentions sont généralement bonnes. Nous cherchons à préparer, à prévenir, à éviter une mauvaise surprise ou à provoquer une prise de conscience.
Mais préparer un enfant à quelque chose n’oblige pas à prédire ce qu’il va vivre.
La différence peut sembler subtile. Elle est pourtant essentielle.
Dire à un enfant qui entre au collège qu’il aura plusieurs professeurs, qu’il changera de salle et qu’il devra apprendre à organiser son emploi du temps, c’est lui transmettre des informations.
Lui dire : « Tu vas voir, au collège, ça va être beaucoup plus dur », c’est déjà lui proposer une interprétation de l’expérience qu’il n’a pas encore vécue.
Et nos paroles ont du poids, précisément parce qu’il nous fait confiance.
1. « Cette année, ça devient sérieux. »
C’est probablement l’une des grandes vedettes de la rentrée.
Elle existe sous différentes formes : « maintenant, fini de rigoler », « cette année, il va falloir bosser », « tu n’es plus chez les petits » ou encore « maintenant, on attend autre chose de toi ».
Le problème n’est évidemment pas d’expliquer à un enfant que les attentes vont évoluer avec son âge. Elles vont effectivement évoluer.
Ce qui mérite notre attention, c’est ce que la phrase raconte implicitement : jusqu’ici, apprendre n’était peut-être pas vraiment sérieux, mais maintenant commence quelque chose de plus lourd.
Nous pouvons transmettre exactement la même information autrement :
« Cette année, tu vas découvrir de nouvelles façons de travailler et tu vas progressivement apprendre à faire davantage de choses par toi-même. »
Nous ne nions pas l’exigence. Nous la transformons en perspective de progression plutôt qu’en menace.
2. « Tu vas voir, cette maîtresse est sévère. »
Ou ce professeur. Ou ce directeur. Ou cette CPE.
Cette phrase est particulièrement intéressante parce qu’elle peut modifier le regard avec lequel l’enfant entrera dans la relation.
Imaginons qu’au premier cours son professeur lui demande sèchement de ranger quelque chose. Sans information préalable, l’enfant pourra simplement penser : « Il m’a demandé de ranger mes affaires. »
Mais s’il est arrivé avec l’idée que ce professeur est sévère, le même événement peut venir confirmer ce qu’on lui avait annoncé : « On m’avait prévenu. »
Nous avons tous tendance à accorder davantage d’attention aux éléments qui confirment ce que nous pensions déjà. C’est l’une des raisons pour lesquelles nos attentes peuvent influencer notre manière d’interpréter une situation.
Il est donc parfaitement possible de connaître la réputation d’un enseignant et de laisser néanmoins son enfant construire sa propre relation avec lui.
« Tu vas rencontrer ton professeur et tu te feras toi-même une idée. »
Cette phrase laisse une porte ouverte là où notre jugement risquait de la fermer avant même la rencontre.
3. « Avec les maths, toi, tu vas avoir du mal. »
Celle-ci me paraît particulièrement importante.
Elle est parfois prononcée avec une infinie tendresse :
« Moi non plus, je n’étais pas bon en maths. Tu tiens ça de moi. »
Nous cherchons à dédramatiser une difficulté et à dire à l’enfant qu’il n’est pas seul.
Mais nous pouvons involontairement transformer une difficulté actuelle en identité.
Il existe une différence considérable entre :
« Pour l’instant, certaines choses en maths te demandent davantage d’efforts. »
et :
« Dans la famille, on n’est pas matheux. »
Dans la première formulation, quelque chose peut évoluer. Dans la seconde, nous venons presque d’inscrire la difficulté dans l’arbre généalogique.
Un enfant n’a pas besoin qu’on lui promette qu’il sera excellent partout. Il a besoin que nous évitions de décider trop tôt de ce qu’il sera incapable de devenir.
4. « Ton frère, lui, adorait cette classe. »
Nous comparons souvent pour donner un repère.
Le problème est que la comparaison apporte rarement seulement un repère. Elle apporte aussi un modèle implicite.
Le frère adorait cette classe. La sœur lisait déjà très bien au même âge. Le cousin avait immédiatement trouvé des copains. La grande sœur était très autonome dès la sixième.
Même lorsqu’elle est positive, la comparaison peut déposer une petite question dans la tête de l’enfant :
« Et si moi, je n’étais pas comme lui ? »
Il n’a pas besoin de vivre la rentrée de son frère, de sa sœur ou de son cousin.
Il a besoin de vivre la sienne.
Nous pouvons raconter les expériences familiales, bien sûr, mais en laissant de la place à la différence :
« Ton frère avait beaucoup aimé cette année-là. Toi, tu verras comment tu la vivras. »
Deux mots changent tout : tu verras.
Ils rendent l’histoire à celui qui va la vivre.
5. « J’espère que tu ne vas pas encore te retrouver avec… »
Le camarade turbulent, celui avec lequel il s’était disputé, l’enfant dont nous avons entendu parler toute l’année précédente.
Cette phrase est compréhensible, mais elle enferme très vite les enfants dans les rôles que nous leur avons attribués.
Celui-ci est pénible. Celui-là est une mauvaise fréquentation. Celui-ci entraîne toujours les autres. Celui-là pose problème.
Il existe évidemment des situations relationnelles sérieuses dans lesquelles l’adulte doit intervenir, et le harcèlement scolaire n’a rien à voir avec une simple mésentente entre enfants.
Mais en dehors de ces situations, les relations évoluent. Les enfants aussi.
Celui avec lequel votre enfant s’est disputé en mai n’est peut-être plus tout à fait le même en septembre. Et votre enfant non plus.
Laissons-leur parfois la possibilité de se rencontrer à nouveau sans leur remettre immédiatement les costumes de l’année précédente.
6. « Profite bien, bientôt les vacances seront finies ! »
Cette phrase me fait toujours sourire parce que nous la prononçons comme une plaisanterie tout en étant parfaitement capables de la répéter quinze fois pendant les deux dernières semaines d’août.
À force, l’école finit presque par devenir ce qui vient interrompre la vie agréable.
D’un côté : les vacances, la liberté, les jeux, le plaisir.
De l’autre : la rentrée, les horaires, les devoirs, les contraintes.
Et quelques jours avant de retourner en classe, nous nous étonnons que certains enfants ne débordent pas d’enthousiasme.
L’école n’a pas besoin d’être présentée comme un parc d’attractions. Un enfant sait parfaitement qu’il y aura des contraintes.
Mais nous pouvons simplement éviter de lui vendre septembre comme la facture à payer après avoir profité de juillet et août.
Les vacances se terminent. Une autre période commence.
C’est suffisamment vrai pour ne pas avoir besoin d’en rajouter.
7. « Tu n’as pas peur pour la rentrée ? »
Voilà sans doute la plus tendre de toutes.
Nous voulons ouvrir la discussion et donner à l’enfant la possibilité d’exprimer ce qu’il ressent.
Pourtant, en posant cette question de cette manière, nous lui proposons déjà une émotion.
Peut-être n’avait-il pas peur.
Peut-être était-il curieux, impatient, indifférent ou simplement incapable de savoir ce qu’il ressentait encore.
Une question plus ouverte peut donner accès à beaucoup plus de choses :
« Quand tu penses à la rentrée, qu’est-ce qui te vient ? »
Ou simplement :
« Comment tu imagines cette nouvelle année ? »
S’il a peur, il pourra le dire.
Mais nous ne lui aurons pas indiqué à l’avance ce qu’il était supposé ressentir.
Ce que la psychologie nous apprend sur le poids de nos attentes
Il serait excessif de prétendre qu’une phrase prononcée à table va déterminer l’année scolaire d’un enfant. Les enfants ne sont heureusement pas des programmes informatiques dans lesquels chaque parole parentale deviendrait une ligne de code.
En revanche, plusieurs décennies de recherche en psychologie ont montré que les attentes que nous développons à propos d’une personne peuvent influencer nos comportements envers elle et contribuer, dans certaines circonstances, aux résultats observés.
Les travaux historiques de Robert Rosenthal et Lenore Jacobson sur les attentes des enseignants ont popularisé ce que l’on appelle souvent l’effet Pygmalion. Depuis, la recherche a considérablement nuancé l’ampleur et les conditions de ces effets. Il serait donc simpliste d’affirmer que penser quelque chose d’un enfant suffit à le faire devenir ainsi.
Ce qui m’intéresse davantage comme éducateur est le mécanisme quotidien.
Lorsque nous pensons qu’un enfant est fragile, nous pouvons l’aider plus rapidement.
Lorsque nous pensons qu’il est mauvais en mathématiques, nous pouvons interpréter plus facilement une erreur comme la confirmation d’une difficulté durable.
Lorsque nous pensons qu’une année va être difficile, nous pouvons devenir plus attentifs aux difficultés qu’aux réussites.
Et lorsque ces messages passent aussi par nos paroles, l’enfant dispose progressivement d’éléments avec lesquels il construit sa propre représentation de ce qu’il peut attendre de lui-même.
Voilà pourquoi nos mots méritent notre attention.
Pas parce qu’ils possèdent un pouvoir magique.
Parce qu’ils participent à la relation.
Il ne s’agit surtout pas de surveiller chacune de nos phrases
Ce serait probablement le pire résultat possible de cet article.
Imaginez des parents passant les derniers jours d’août à analyser chaque mot avant de parler :
« Attention, est-ce que cette phrase risque de créer une représentation anticipatoire négative chez mon enfant ? »
Nous n’en sortirions plus. Et nos enfants non plus.
Nous allons dire des choses maladroites. Nous allons parfois transmettre nos inquiétudes. Nous allons plaisanter, comparer sans le vouloir et raconter notre propre expérience.
Ce n’est pas grave.
L’éducation n’est pas une opération de communication parfaite.
Ce qui compte davantage est la direction générale de notre regard.
Est-ce que je regarde cette nouvelle année comme une histoire déjà écrite ou comme quelque chose que mon enfant va découvrir ?
Est-ce que je lui transmets mes conclusions ou est-ce que je lui laisse suffisamment d’espace pour construire les siennes ?
Est-ce que je lui raconte qui il est ou est-ce que je reste curieux de celui qu’il devient ?
Ces questions me semblent beaucoup plus importantes que la recherche de la phrase parentale parfaite.
Une petite expérience avant la rentrée
Dans les jours qui viennent, je vous propose simplement d’écouter les conversations autour de la rentrée.
Pas seulement celles de votre enfant.
Les vôtres.
Écoutez ce que vous dites lorsque vous parlez de sa future classe, de ses enseignants, de ses capacités, de ses camarades ou de l’année qui arrive.
Et chaque fois que vous vous surprenez à prédire quelque chose, essayez mentalement de transformer la prédiction en possibilité.
« Tu vas avoir du mal » peut devenir « tu auras peut-être besoin d’un peu de temps pour trouver ta façon de faire ».
« Tu vas adorer » peut devenir « je suis curieux de savoir ce que tu vas en penser ».
« Cette année va être difficile » peut devenir « cette année sera nouvelle et tu vas apprendre progressivement à t’y retrouver ».
Ce n’est pas du positivisme.
Nous ne remplaçons pas une prédiction négative par une prédiction merveilleuse.
Nous cessons simplement de prédire.
Ne remplissons pas sa classe avant lui
Dans quelques jours, votre enfant franchira la porte de sa classe.
Il y aura un enseignant avec sa personnalité, des enfants qu’il connaît et d’autres qu’il découvrira, des matières qu’il aimera immédiatement et d’autres peut-être moins, des réussites, des erreurs, des amitiés, des contrariétés et une quantité de choses que personne ne peut encore prévoir.
Cette classe est encore vide de toutes ces expériences.
Essayons de ne pas la remplir à sa place avec nos souvenirs d’école, les réputations des enseignants, les performances de ses frères et sœurs, nos inquiétudes pour son avenir ou nos certitudes sur ses capacités.
Bien sûr que nous devons préparer nos enfants.
Bien sûr que nous devons les informer.
Bien sûr que nous devons être présents lorsqu’ils auront besoin de nous.
Mais nous pouvons aussi leur offrir quelque chose de beaucoup plus rare :
le droit de ne pas savoir encore quelle année ils vont vivre.
Alors, lorsqu’il vous demandera :
« Tu crois que ça va bien se passer ? »
Peut-être n’avons-nous pas besoin de répondre immédiatement :
« Mais oui, bien sûr ! »
Nous pouvons sourire et lui dire :
« Je ne sais pas exactement comment sera ton année. Mais je sais une chose : ce sera ton histoire, et tu vas la découvrir. »
Et peut-être qu’en septembre, au milieu de toutes les fournitures neuves, des cartables et des bonnes résolutions, c’est l’un des plus beaux cadeaux que nous puissions lui faire :
une page qui n’a pas encore été écrite.
Et si vous faisiez le point avant la rentrée ?
Les fournitures sont peut-être prêtes, le cartable aussi… mais une rentrée ne se prépare pas seulement avec une liste de matériel.
Repères, émotions, environnement, autonomie, confiance :
En 12 situations du quotidien, le Baromètre de la rentrée sereine vous aide à découvrir ce qui est déjà bien en place chez votre enfant et ce qui mérite peut-être encore un peu d’attention avant le jour J.
Quelques minutes suffisent. Il n’y a ni bonne ni mauvaise note, simplement un autre regard sur sa préparation à la rentrée.
